Page:Groulx - L'appel de la race, 1923.djvu/193

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À LA RECHERCHE DU DEVOIR

dit : c’est malheureux, mais enfin il a renoncé à paraître en Chambre le 11. Vous n’ignorez pas, je suppose, que cette rumeur court déjà le public ?

— Je l’ignore tout à fait, répondit Lantagnac, un peu étonné. Mais, franchement, continua-t-il, la tête penchée, peut-être est-ce mieux ainsi.

Et, le poing sur la tempe, il s’accouda à un tabouret contigu à son fauteuil et resta là, quelques instants, la figure contractée par une vive souffrance morale. Le Père Fabien le considéra en silence, étrangement ému par le spectacle de cet homme si fort et qui, à cette heure, paraissait écrasé par le poids de son devoir. Lantagnac reprit le premier la parole :

— Mon Père, dit-il, et sa figure, laissa voir une grande expression de découragement, mon Père, j’ai beaucoup réfléchi en ces derniers jours ; je puis dire que j’ai été obsédé par mon cas de conscience, et, franchement, je le crois insoluble. Le Père interrogea avec douceur :

— Peut-on savoir seulement comment vous le posez, ce cas ?

Lantagnac se renfonça quelque peu dans son fauteuil :

— Comment je le pose ? commença-t-il, sa voix redevenant subitement ferme et scandant bien chacune des phrases. Il y a d’abord qu’après six ans de défaites accumulées, je ne crois plus d’une foi aussi robuste à nos méthodes de combat. Si demain, j’allais au feu, à quoi bon vous le