Page:Groulx - L'appel de la race, 1923.djvu/209

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
209
À LA RECHERCHE DU DEVOIR

nul, je l’affirme, nul n’ose exiger de vous pareil holocauste.

— Mais vous, mon Père, que dites-vous ? Ai-je le droit de sacrifier ma famille, mes enfants, pour le profit que retirera la cause ontarienne du débat de demain. Ai-je le droit ? répéta Lantagnac, dont les yeux prenaient involontairement un air de défi ?

— Ai-je le droit ? Ai-je ie devoir, voulez-vous dire, rectifia encore le religieux qui parlait avec douceur. Ici, mon ami, permettez-moi de vous exposer le principe, puis de vous laisser à vous-même de conclure. Votre cas, Lantagnac, relève de ce que nous appelons, nous, en morale, — passez-moi ce terme d’école — le « volontaire indirect ». Si vous parlez demain, vous posez un acte d’où suivra un effet mauvais, mais aussi un effet bon. Y a-t-il des raisons suffisantes de poser l’acte ? L’effet bon que nous en espérons, vous justifie-t-il, vous commande-t-il même d’agir, sans tenir compte du malheur qui indirectement pourra s’ensuivre ? C’est là tout le problème.

— Mais enfin, reprit l’avocat qui devenait encore plus pâle, parler demain, c’est pour moi poser un acte de rupture avec ma femme. Ai-je le droit de poser cet acte ?

— Un acte de rupture, dites-vous ? rectifia de nouveau le Père Fabien. Qui le posera, vous ou Madame de Lantagnac ? Non, mon ami, l’acte de rupture, ce n’est pas vous qui le poserez ; c’est la volonté abusive de votre femme. Votre acte