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L'APPEL DE LA RACE

demain va retentir un peu partout dans l’Ontario et dans tout le Canada français…

Et ici le Père Fabien, les yeux tournés vers sa fenêtre, du côté du pays ontarien, paraissait embrasser dans son regard, la multitude des souffrants et des persécutés :

— …, je l’entends trop la plainte lassée de ces pauvres victimes : « Encore un chef qui nous abandonne ! » s’écriera-t-on. Et je crains, Lantagnac, je ne puis vous le cacher, je crains que si le peuple se sent abandonné de ses chefs, il n’abandonne tout lui-même. À l’heure où je vous parle, la tâche des dirigeants au sein de notre race, est, ce me semble, d’un caractère très particulier, très impérieux. Il y a si longtemps que les hautes classes trahissent. Si les chefs, les grands ne se réhabilitent point par l’exemple de quelque haut sacrifice, comment voulez-vous que les petits ne se disent à la fin : « Mais est-ce donc toujours à nous de payer, de nous sacrifier, de donner nos sueurs ? À nous toujours de faire les terres neuves, de faire des enfants, de fournir les prêtres et les sœurs, de sauver la morale, la vie ? » Vous, les grands, les chefs, ajouta le Père, son doigt dirigé vers l’avocat et sa voix devenue pathétique, vous, les dirigeants, prenez bien garde à l’état particulier de notre nationalité. Elle n’est pas de celles qui ne relèvent que d’elles-mêmes, êtres vivants complets et personnels, dont la conscience commande l’action indispensable, les réactions libératrices. Celles-là trouvent dans le jeu