Page:Groulx - L'appel de la race, 1923.djvu/213

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À LA RECHERCHE DU DEVOIR

même de leur organisme, la défense, la protection de leurs intérêts essentiels. Nous, nous ne sommes que partie dans un Etat dont l’action politique est souvent dirigée contre notre existence ; nous ne possédons qu’une personnalité nationale embryonnaire. En un tel cas, Lantagnac, vous le savez bien, la responsabilité de toute la race pèse plus lourdement sur chaque citoyen, mais elle pèse sur l’élite plus que sur les autres. Et si toujours dans le passé, ce fut un instinct de notre peuple que, de ses chefs il s’est fait des idoles, les idoles nécessaires ont-elles le droit de se dérober ? Le religieux fit une longue pause. Il parut se recueillir. Puis, de sa voix grave, il conclut lentement :

— Donc, mon ami, tout pesé devant Dieu, vous voyez où incline ma décision.

— Merci, Père, répondit simplement Lantagnac dont les yeux s’étaient rougis. Il fit quelques pas dans la chambre et dit :

— Pardonnez-moi pourtant si j’hésite encore, si je n’ose vous dire : Ma lutte intérieure est finie. Je suis époux, je suis père. Et il revint s’accouder au dossier du fauteuil, la figure plongée dans ses deux mains, faisant un effort surhumain pour contenir son coeur. Le Père Fabien se défendait mal lui-même d’une émotion qui l’envahissait. En l’un de ces gestes de foi simple qui lui étaient spontanés, il prit dans ses mains son crucifix, se mit à genoux et pria quelques instants :