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L’APPEL DE LA RACE

Virginia s’était penchée sur les fleurs et les comptait :

— Le nombre y est, s’écria-t-elle : ving-trois blanches, vingt-trois rouges.

Lantagnac se pencha à son tour sur la gerbe pour en aspirer le parfum :

— Elles ont tout le printemps dans leurs corolles ! dit-il, charmé.

— Si vous vous rappelez, Jules, reprit Maud, le matin de notre mariage, c’étaient des blanches comme celles-ci que vous m’aviez données pour aller à l’église. Puis, au moment de partir pour notre voyage, ce furent, toujours comme ces autres, des American beauties, que vous m’avez jetées dans les bras. Vous souvenez-vous ?

— Oh ! s’exclama Jules, franchement touché, mais vous avez une mémoire simplement délicieuse !

Pendant tout le dîner, Maud se montra aussi charmante, au point que, dans sa joie, se dissimulait plutôt mal l’accent un peu bruyant de son triomphe. Au moment où Lantagnac allait se lever de table, le domestique entra et demanda :

— Faut-Il préparer la limousine pour Monsieur ?

— Non, dit celui-ci, si je sors je marcherai.

— En ce cas, reprit Madame, vous la préparerez pour moi.

— Pour vous, Maud ? dit Lantagnac ; vous ne craignez pas, sitôt après votre fatigue d’hier soir ?