Page:Groulx - L'appel de la race, 1923.djvu/261

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
261
LE COIN TOMBE

Hélas ! cette dernière consolation lui serait peut-être ravie. La veille du jour où, il le savait par son enfant bien-aimée, Maud devait partir, Virginia entra soudain dans le cabinet de travail de son père. À ses yeux rougis et gonflés, il vit qu’elle avait abondamment pleuré.

— Mon père, dit-elle en s’asseyant en face de lui, vous avez de grands chagrins. J’ai le regret de vous en apporter un autre.

— Qu’as-tu donc, et que veux-tu dire, ma Virginia ? demanda Lantagnac qui devint plus pâle et plus triste encore. Tu veux partir, toi aussi ?

— Oui, mon père, je veux partir, répondit la jeune fille.

— Mais tu es libre, parfaitement libre, mon enfant, fit le père qui ne comprenait rien à cette étrange décision.

Virginia reprit :

— Je veux partir, moi, pas avec les autres, mais pour toujours.

Lantagnac eut un cri de suprême angoisse :

— Ah ! ma Virginia, mon unique enfant, je comprends : tu vas te faire religieuse ! Et je serai seul, tout seul !…

Et le pauvre père s’abîma la figure dans ses mains.

— Mon pauvre papa, reprit l’enfant, d’une voix caressante comme un cantique d’espérance, mon pauvre papa, ne pleurez point. C’est pour être davantage votre force et votre soutien que