Page:Groulx - L'appel de la race, 1923.djvu/265

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
265
LE COIN TOMBE

blanche, insolemment écrit de la main de William : Rule Britannia for ever ! Dans la chambre de Wolfred, nul dérangement, non plus qu’en celle de Virginia.

Lantagnac descendit à son cabinet. Il rassembla devant lui les portraits de Maud, de Nellie, de Wolfred, de Virginia et de William ; il se prit la tête dans les mains et laissa son cœur déborder. Abondamment il pleura dans le silence qui, pour la première fois, lui révéla son affreuse solitude. Puis, le choc de la catastrophe l’ayant rejeté violemment vers l’examen de ses responsabilités, une voix qu’il sentait monter de sa conscience et de sa misère, lui disait :

— « De ton malheur accuse-toi d’abord toi-même. La faute première, tu l’as commise il y a vingt-trois ans. Par ce mariage qui te liait à une étrangère, tu te créais un foyer avec des matériaux disparates. Pourquoi te plaindre si le coin de fer a tout écartelé ? »

Longtemps il laissa, ces sentiments et ces pensées amers se remuer dans son âme. Un moment, il crut sa vie et son courage à jamais brisés. Pourtant, chaque fois que ses yeux se portaient vers la photographie de Virginia, une force secrète entrait en lui. Etait-ce déjà le sacrifice de la noble enfant, sa puissance mystérieuse qui commençait d’opérer ? Il se redit la dernière parole qu’elle avait prononcée devant lui et dont le souvenir lui était doux comme un baume. Puis, en homme qui sentait le besoin de se raccrocher à la moindre espérance, il se prit à