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mes mémoires

ge baigné de grande histoire et de poésie épique. Mais le petit pays suisse et surtout le canton de Fribourg me rappelleront tellement, par leur aspect géographique et par leur atmosphère, le pays natal. Pays de montagnes moyennes qui évoquent l’image de nos Laurentides. Une petite rivière, la Sarine, traverse la ville. La ville elle-même, tout en escarpements, a quelques faux airs de notre Québec. Et le peuple, un petit peuple calme, de mœurs saines, respectueux de l’ordre, resté en possession du bon sens ; et ces paysans qui saluent le prêtre en lui jetant dévotieusement un Laudetur Jésus Christus, comme tout cela va nous faire oublier les croassements de Paris et la surexcitation maladive de la population romaine. J’éprouve une détente. Au vrai, l’Université fribourgeoise, université d’État, ne se recommande alors par rien de fastueux. En dépit de quelques bâtiments plus neufs, elle ressemble assez, par sa pauvreté, à quelques-unes des universités de Rome. Elle se rachète par le bouillonnement d’idées qui s’y agite. Dès l’abord, je me sens à un actif confluent des cultures française, allemande et un peu aussi italienne. Des Belges, des Français de France, des Luxembourgeois, et aussi beaucoup d’Américains fréquentent l’Université. La ville est petite. Les étudiants s’y coudoient beaucoup plus qu’en de grandes villes telles que Rome, Paris, Londres. Des échanges d’idées se produisent extrêmement fructueux.

Je l’ai déjà dit : lors des cours de vacances que j’y avais suivis en 1907, Fribourg m’avait vivement intéressé. En prévision de l’enseignement que, selon toute probabilité, j’aurai à reprendre à Valleyfield, je m’inscris à la Faculté des Lettres. Je me propose néanmoins de suivre quelques autres cours, en particulier, à la Faculté de Philosophie. Je souhaite m’initier à la philosophie moderne, celle qui est en vogue, qui passionne les étudiants de cette époque, et que nul esprit qui se pique alors de culture, ne saurait ignorer.


Père Pierre Mandonnet, o.p. (1858-1936)

On me permettra, sans doute, de présenter quelques-uns de mes professeurs de Fribourg, ceux-là du moins qui m’ont laissé