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premier volume 1878-1915

un durable et vivant souvenir. Parmi les cours marginaux que j’ai résolu de suivre, il en est un que je me gardais bien de manquer : le cours hebdomadaire du Père Mandonnet, o.p. Les voies de la Providence sont secrètes. Qui m’eût dit qu’en écoutant le célèbre médiéviste, le plus réputé peut-être de son temps, je prenais opportunément un excellent cours de méthodologie historique ? Ce sera bien là pourtant, au pied de la chaire du savant dominicain, disséquant avec une magnifique maîtrise, ses textes du Moyen Âge, que le rédacteur improvisé du petit Cours d’histoire du Canada pour ses rhétoriciens de Valleyfield, apprendra l’extrême rigueur de la fameuse discipline, et en particulier, l’art de traiter un document. Le Père Mandonnet enseigne, au surplus, avec une saisissante clarté et ce ton paternel, cette bonhomie qui, autour d’un maître, transforment si facilement les étudiants en disciples. Je l’avais déjà entendu aux cours des vacances de 1907 (29 juillet au 8 août). Et il m’avait conquis. Je viens de retrouver mes notes de ces premiers cours. Ce sont bien des problèmes de technique historique qu’avait abordés le professeur : « Rapports de l’érudition et de l’histoire » ; « Comment découvrir et traiter un document » ; « Y a-t-il une philosophie de l’histoire ? ». Puis, après ces cours théoriques, quelques applications pratiques : « Comment doit-on comprendre et enseigner l’histoire ecclésiastique ? » ; « Les derniers travaux sur l’Inquisition ». Oui, je relis ces notes et je me dis : La Providence ! de quoi ne se mêle-t-elle point !


Père Marc de Munnynck, o.p. (1871-1945)

Un autre dominicain m’aura aussi grandement intéressé. Mais combien différent du premier. Le Père Mandonnet était toute sérénité, toute mansuétude. Celui que je vais présenter, sans être un fougueux, maniait volontiers de la dynamite. Et il semblait qu’il y prît plaisir. Chaque semaine, il donnait pour le grand public, moins des cours que des conférences de psychologie religieuse. Encore jeune, le Père de Munnynck, o.p., est déjà un remarquable essayiste. Collaborateur assidu à des revues de spécialistes, le philosophe et le théologien ont du renom. Ses conférences, il nous les donne debout, marchant de long en large derrière la tri-