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premier volume 1878-1915

l’ancienne forme de catholicisme ou de cléricalisme autoritaire, en rigide méfiance contre toute collaboration du laïcat dans les affaires d’Église.

En quoi le cher évêque n’était pas si éloigné de maints chefs religieux de son temps. Dans son Histoire de l’Église, vers 1830, Daniel-Rops ne peut s’empêcher de noter les malaises de plusieurs évêques de France de ce temps-là contre le rôle considérable de certains laïcs. Et pourtant ces laïcs s’appelaient : Montalembert, Veuillot, Ozanam. En 1845, le vénérable évêque de Rennes, à propos d’un Comité récemment fondé par Montalembert pour la défense de la liberté religieuse, ne disait-il pas : « Les laïcs n’ont aucune mission et doivent se borner à prier pendant que les évêques réclament[1]. » Du reste, Mgr Émard n’était pas tout l’épiscopat du Québec. La plupart de ses collègues saluèrent avec joie la naissance de l’Association catholique de la Jeunesse canadienne-française et applaudirent à l’apparition du Devoir, journal catholique, sans être d’action catholique.


Centenaire de Louis Veuillot

Un menu fait de la vie collégiale à Valleyfield illustrera la tournure d’esprit de mon évêque et la sorte d’incidents contre lesquels il me fallait constamment me garer. En 1913, on fêtait au Canada comme en France, du moins en quelques milieux, le centenaire de Louis Veuillot. Je prie mes académiciens de l’Académie Émard, d’organiser une petite soirée en hommage au grand journaliste. Il est entendu que seuls le personnel du collège et les collégiens des hautes classes y assisteront. La nouvelle de cette soirée à Veuillot parvient à l’évêché. Aussitôt vif émoi. Le supérieur, l’abbé Pierre Sabourin, vient me prévenir, passablement intrigué. L’évêque a fait annoncer sa présence à la soirée académique. L’Académie portait son nom. Jamais pourtant il n’était apparu à l’une ou l’autre de nos réunions. Je fais venir

  1. Cité par François Veuillot, Louis Veuillot, sa vie, son âme, son œuvre. Préface de Paul Claudel (éd. Alsatia), 60.