Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/106

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106 MES MÉMOIRES à la tâche avec le zèle, l’âme d’une Petite Sœur des pauvres. Il lui consacra tous ses loisirs. Un jour qu’il passait au presbytère de l’abbé Perrier, je le vois encore me parler avec émotion, avec chaleur, de ses chers protégés, les loqueteux de la rue Saint-Paul et des environs de Notre-Dame-de-Bon-Secours. Et comme chez lui le gavroche remontait facilement à la surface, il sortit de sa poche une feuille de papier pour me montrer au centre une lar¬ ge tache d’un jaune suspect: — Vous ne savez pas ce que c’est ? me dit-il. Pour moi, c’est une relique, la relique de l’un de mes chers vieux. Pendant que j’écrivais à l’étage inférieur, le vieux X... a laissé tomber ces gouttelettes de pipi sur mon papier ! Ceci me rappelle quelques autres des bonnes blagues d’Asse¬ lin que j’insère ici, simplement parce qu’elles me reviennent à l’instant même en mémoire. Un soir, il nous avait réunis au Cercle universitaire, une soixantaine d’amis. Nous étions conviés à une réception offerte à un nommé Victor Forbin, journaliste, grand voyageur et romancier quelconque par surcroît, rencontré à Pa¬ ris par Asselin. Le nommé Forbin tardait à paraître. Il venait de New York. Quelque accident de chemin de fer l’avait retenu en route. On se mit à table quand même. Asselin présidait. En verve comme en ses plus beaux jours, il se levait et s’abandonnait aux plus folles improvisations. Il fallait l’entendre faisant mine de s’exercer à son discours de bienvenue: « M. Forbin, si vous étiez ici... M. Forbin, que n’êtes-vous là !... Mais vous n’êtes pas là !... » Et l’on imagine un peu la suite. Enfin, tard dans la soi¬ rée, M. Forbin nous arriva. Nous n’étions à jeun ni de plats ni de discours. La gaieté générale avait atteint les hauts degrés de l’atmosphère des banquets. Des salves d’applaudissements, des ovations prolongées saluent l’hôte si longtemps attendu. Puis, les premières salutations faites, Asselin s’esquive. Quelques mi¬ nutes plus tard, il nous revient dûment costumé en chef indien. Culottes, veston de cuir frangés et peinturlurés, mocassins, crête de plumes, rien ne lui manque. Et tout aussitôt le Sagamos de dérouler, en phrases solennelles, avec des gestes pompeux, l’œil en feu, une mimique endiablée, un discours de bienvenue, en pré¬ tendue langue indienne qu’il assure être de l’iroquois académique. A coup sûr, les grands chefs des cantons, Garakontié, Teganis-