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mes mémoires

C’était des hommes de 1920 et non de 1956. Mais j’aimerais que l’on me fît voir, parmi toutes les tentatives de restauration française au Canada, et depuis 1760, un effort de pensée et d’action qui soit allé plus résolument aux problèmes essentiels, les ait étudiés avec un esprit aussi désintéressé, aussi aigu et courageux, et, pour en assurer la solution, ait procédé avec autant d’entrain, autant de méthode et de persévérance.

Mes collègues voulaient une doctrine où asseoir, appuyer leur action. Dès octobre 1920, autant que je le puis, j’essaie de répondre à leur attente. S’ils m’ont confié la direction de l’œuvre, je ne l’ignore point, c’est pour la façon dont j’ai paru l’envisager, façon, méthode de doctrinaire, disait-on, qui, avant toute chose, visait à étayer l’action sur une doctrine. Au lieu de l’énergie dispersée, toujours j’ai prêché la synergie, la synthèse des idées et des forces. Dès l’abord, je souhaite déprendre l’Action française des vues ou fins trop closes où l’avait enfermée la Ligue des droits du français. Qu’on se fût confiné jusqu’alors trop exclusivement à la défense de la langue, ceux-là seuls s’en étonneront qui n’auront point pris garde au nom d’abord porté par l’œuvre, nom qui en désignait les fins expresses. Il fallait élargir ces fins. Et l’on notera que ce n’est point par pure coïncidence que, le 12 avril 1921, par lettres patentes du lieutenant-gouverneur de la province de Québec, la Ligue des droits du français se muait en Ligue d’Action française. Le nom nouveau énonçait une orientation nouvelle. Le service de la langue demeure. L’épurer, l’illustrer, en revendiquer hautement les droits et privilèges reste l’une des fins. Mais l’Action française entend se souvenir aussi que la langue n’est qu’une des forces ou expressions, si importante, si élevée soit-elle, de la vie d’un peuple et que, d’ailleurs, langue, esprit et culture ne se passent point d’appuis temporels et matériels. De part et d’autre, cela aussi nous le savions, il y a échanges constants, nécessaires, et tout se résout, en définitive, et s’épaule et se fond dans une synthèse vitale. Si j’ai tenté quelque rôle, dans la vie de l’œuvre, en ces huit ou dix ans où je l’ai servie, ce fut, je crois, en me cramponnant à ce point de vue et en m’efforçant d’y ramener l’effort commun : celui des directeurs et des collaborateurs. De là devait procéder, comme de soi, comme la plante de son germe, la multiplicité des initiatives et des moyens de propagande qui, avec le temps, allaient se déployer. Mais il