Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/157

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TROISIÈME VOLUME 1920-1928 153 seule, cette fois. La neuvaine achève. Le matin même qui doit être celui de l’opération, l’infirmière constate une fermeture totale de la plaie. Plus le moindre liquide; des linges parfaitement secs. Le chirurgien n’y comprend rien. Il décide de surseoir. Le sursis se prolonge; la guérison est complète, définitive. Minville y voit une sorte de miracle. En reconnaissance pour celle qui le lui a obtenu, il décide que sa fille première-née s’appellera Thérèse. Elle s’appela Thérèse. J’eus le bonheur de la baptiser. Cette petite fille, je lui donnai le nom de la grande faiseuse de mira¬ cles. Ajouterai-je ici qu’après avoir été mon élève au Collège Ba- sile-Moreau, Thérèse Minville s’est faite petite fille du Père de Fou- cauld ? Quant au convalescent, il m’écrivait encore ces lignes: Continuez, M. l’abbé, à prier pour moi. J’ai encore besoin du secours d’en haut et vous pouvez beaucoup plus sûrement que moi me l’obtenir. Laissez-moi vous dire, en passant, qu’on apprend beaucoup de choses à regarder durant cinq semaines les quatre murs bien unis d’une chambre d’hôpital. Aucun li¬ vre n’est si instructif. De l’hôpital, Minville ne rapportait pas que les grandes le¬ çons de la souffrance. Dans l’infirâiière discrète, dévouée qui l’a¬ vait soignée, il avait rencontré une fiancée. Le mariage aurait lieu quelque temps après. Pour Minville ce ne serait pas une vie nouvelle; mais la santé lui étant revenue, ce serait une étape nou¬ velle dans une existence — phénomène assez rare chez nous — qui se développerait dans l’unité. Minville était installé à l’Eco¬ le des Hautes Etudes commerciales pour y rester et y vivre une carrière ascendante. Deux fois pourtant les circonstances menacent de l’en écarter. La première fois en 1930 et 1931, alors qu’Asselin, je l’ai rap¬ pelé plus haut, songe à s’adjoindre le jeune professeur à la ré¬ daction du Canada. Incident qu’à sa réception à la Société Royale, je rappelle ainsi à Minville: Chacun sait que l’ancien fondateur et directeur du Nationa¬ liste et de L’Action rêva un jour de s’asseoir dans le fauteuil d'un directeur de journal de parti. Je dois dire qu’étant resté mousquetaire, il n’entrait pas sans méfiance dans la galère. Sur¬ tout il n’était pas prêt à y entrer seul. Il désirait s’attacher quel¬ ques gardes du corps, ou, si vous le préférez, des compagnons de chaînes. Il avait jeté son dévolu en particulier sur vous, qu’à