Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/158

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154 MES MÉMOIRES La Rente, il avait appris à estimer. Et Asselin était de ceux qui savent soupeser les hommes. Je ne sais trop pourquoi, il crut que je pourrais me constituer son recruteur de galériens. Je tentai, auprès de vous, une démarche énergique, très éner¬ gique, pour vous persuader, sans trop de peine, du reste, que vous n’aviez pas une jambe à porter le boulet et qu’au surplus, dans un bateau où vous n’auriez pas le choix de la rame, vous ne feriez jamais qu’un mauvais rameur. A parler franc, je ne vous voyais pas beaucoup, pas plus que je ne voyais le farouche Asselin, dans ce rôle de journaliste de parti où il faut plus de crédulité que de foi, le métier exigeant d’ailleurs, pour en faire accroire un peu aux autres, de tant s’en faire accroire à soi-même. Une autre fois, c’est la politique qui tente de cueillir Minville. Est-ce en 1934 ou 1935 ? Un jour de juillet une lettre m’arrive en toute « urgence » à Vaudreuil. Quelques jours auparavant, on a tenté de me « relancer » aux « Rapaillages » ; « mais nous nous sommes perdus, m’écrivait-on, dans les nombreux sentiers de votre patelin ». Que me voulait-on ? Viendrez-vous à Montréal ces jours-ci ? Auriez-vous la bonté de m’en prévenir ? Grave problème à vous soumettre. Des démarches sont faites pour nous entraîner, Victor Bar¬ beau, François Vézina, Valmore Gratton, Paul Riou et moi- même à nous porter candidats de l’Union Nationale. Barbeau, Vézina, Gratton et Riou sont enthousiastes. Moi, pas du tout, au contraire. Minville m’énumère les raisons de son hésitation: situation per¬ sonnelle (familiale et autres), désir de se tenir de préférence sur le terrain social et national, méfiance à l’égard de quelques-uns de ses compagnons. Que lui ai-je conseillé ? Je ne m’en souviens guère. Moi non plus je n’ai dû me sentir très enthousiaste, puis¬ que ni Minville ni aucun de ses compagnons n’entrèrent dans la fournaise. Mon jeune ami resta dans sa voie. Au lendemain de sa victoire, l’Union nationale tente de se l’attacher d’assez près. Le ministre Joseph Bilodeau 98 lui offre un poste de « collaborateur 98.\tJoseph Bilodeau (1900-\t), avocat; c.r.; député provincial et ministre des Affaires municipales, du Commerce et de l’industrie (1936¬ 1939); gérant général de la Commission des liqueurs de la province de Québec (1944-1947); juge en chef de la Cour des Sessions de la paix, dis¬ trict de Québec (1947-1948); juge en chef de district de la Cour de ma¬ gistrat (1948).