Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/215

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QUATRIÈME VOLUME 1920-1928 211 de. Rien à faire. Le mur ne bronche pas. Les cinq articles parais¬ sent. Elie Vézina se frotte les mains de joie. Certes, en ces phi- lippiques du journaliste du Devoir, tout n’est pas contestable. Pourquoi faut-il qu’on y sente l'inclination de l’auteur à repré¬ senter ses compatriotes comme étant les principaux fauteurs et donc les principaux responsables de ces sortes de conflits reli¬ gieux ? Et lui, qui tant de fois et à bon droit, a déploré et dénon¬ cé l’apathie nationale de ses frères canadiens-français, apathie qu’il n’est parvenu à secouer que superficiellement, comment peut-il les accuser en bloc de nationalisme outrancier ? Accusation qu’on peut lire pourtant dans les articles, et en propres termes. L’effet sera désastreux au Canada et en Nouvelle-Angleterre. Chez les Franco-Américains qui aussitôt et presque en bloc se désabonnent du Devoir, ce sera le commencement d’une scission presque complète entre eux et le Québec; ce sera aussi, hélas !, ils me le confiaient naguère, le commencement de l’abdication nationale, le glissement irrépressible vers l’américanisation totale. Au Canada, ceux qui gardent encore quelque illusion sur l’évolu¬ tion de Bourassa se sentent navrés et bien obligés de se rendre à la désolante vérité. Bourassa n’est plus un chef ni ne peut l’être. Quelques rares dévots lui resteront fidèles. Les Voyageurs de commerce catholiques, sa suprême garde du corps, oserai-je dire, cesseront de lui confier leur conférence annuelle, par crainte de le faire parler devant une salle vide. Bourassa ne met plus les pieds au presbytère du Mile End. Avec l’abbé Perrier qu’il véné¬ rait pourtant, mais qui a osé lui parler fort, une rupture se con¬ somme, qui durera dix ans. Geste étrange qui m’a fait douter du cœur de cet homme et qui, plus que tout autre motif, me détachera de l’idole. Un esprit modéré comme Esdras Minville se sent bien proche du dégoût. Il m’écrit le 1er août 1928: Avez-vous lu la dernière du Maître dans Le Devoir de la se¬ maine dernière, je ne sais plus quel jour. Une lettre au Globe, en anglais, naturellement: « A handful of intellectuals, innocent of ail political experience », cela c’est M. l’abbé Groulx, M. le curé Perrier, M. Antonio Perrault, etc. Des rêveurs qui parlent de l’indépendance éventuelle de leur nationalité ! Avec quel dé¬ dain superbe le Maître en parle ! Vive la Confédération et les coups de bottes aux Canayens. Cela stimule !