Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/216

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212 MES MÉMOIRES Nos amis sont passablement agacés, et bien avant 1929. On peut le voir par cette note qu’Antonio Perrault m’adresse le 19 août 1925: « Un ami me faisait remarquer hier que, dans son article de samedi dernier (15 août), M. Bourassa nous donnait un nouveau coup de plume. Chose amusante ! M. Héroux somme La Presse de nommer les extrémistes qu’elle dénonce. Et chaque semaine, dans Le Devoir, son chef nous accuse d’être des extré¬ mistes. » Il va de soi que je n’assiste plus à ses conférences. Elles se font d’ailleurs de plus en plus rares; et il ne m’épargne point l’honneur, au reste, de m’y prendre pour l’une de ses cibles de choix. Il fait si bien « œuvre antinationaliste » — c’est l’aveu de Rumilly — que L’Action nationale, qui, après un intermède, a succédé à L’Action française, me prie un jour de dénoncer carré¬ ment l’ancien maître. Nécessité, me dit-on, de circonscrire les dé¬ gâts de sa volte-face. J’hésite. La chose m’est extrêmement pénible. Encore que je ne me cache rien du mal effroyable qu’il est en train de nous faire, pas un instant je n’ai douté de la terrible sincérité du chef d’hier. Mes amis insistent. Je finis par consentir à condition que la mise en garde ne dépasse pas les proportions d’un « Mot d’ordre » qui, au surplus, n’implique point de signature. J’intitule ces huit à neuf pages (qu’on trouvera dans L’Action nationale, vol. V, no 5, mai 1935, p. 257-265): « Les conférences de M. Bou¬ rassa ». C’est à propos de ces trois conférences de 1935, à la Pa¬ lestre Nationale de Montréal, qui avaient suscité un vif émoi dans les milieux de jeunesse et en d’autres milieux, que l’on m’avait demandé une mise au point. Je refis ces pages après vingt ans. Je les trouve dures, très dures, trop pleines peut-être de la co¬ lère et de la tristesse que nous apportaient la retentissante dé¬ fection et ce saccage d’un effort mené péniblement depuis un de¬ mi-siècle. Au surplus, les conférences tendaient à rabrouer un ré¬ veil, un sursaut de la jeunesse, le mouvement des Jeune-Canada en particulier qui, dans l’implacable atonie du grand chômage, s’essayait à faire passer, en l’atmosphère lourde, un courant d’air frais. Je transcris cette mise au point. Cela s’intitule, ai-je dit: « Les conférences de M. Bourassa ». Des conférences d’un à-propos lamentable ont eu fieu ré¬ cemment à Montréal. Sans doute vaudrait-il mieux les laisser tomber dans le silence, si la réputation du conférencier ne leur avait donné un écho de scandale. Notre dessein n’est pas de ré-