Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/245

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


QUATRIÈME VOLUME 1920-1928 241 torture ne devraient pas nous en dégoûter à jamais !... La vie intolérable que nous avons vécue en ces dernières années, ne peut continuer. » Il en a contre le quartier où 0 loge avec son père « si désagréablement et salement ». Il en a contre la nourriture, la seule que les deux Papineau se puissent payer: viande de char¬ cuterie, quelquefois une volaille froide. « Régime insuffisant et insalubre », souligne-t-il. Il juge indispensable, pour lui, de sui¬ vre quelques cours particuliers pendant l’hiver; il aurait besoin, avant son départ pour le Canada, de s’acheter une bibliothèque médicale, une trousse. Sur le ton amer de la sommation, il con¬ jure son frère Amédée de lui envoyer cinquante louis: Enfin je te répète que j'ai besoin d’argent, que c’est une nécessité; misérable jusqu’à la mendicité, je reçois avec humiliation une faible partie de ce que la justice devrait m’accorder complète¬ ment. Si tu ne peux m’en procurer que peu, envoie-moi ce peu le plus tôt possible. Si non, tu me feras perdre les derniers six mois que je resterai à Paris et qui commencent maintenant. La lettre se clôt sur ce couplet d’un véritable exaspéré: Tu vas me jeter dans la rage et me faire maudire toute la famille qui me semble absurde et d’une insouciance illimitée. Quelques mois plus tard, ce grand sentimental écrit encore à son frère: Quelles tristes nouvelles tu nous apprends ! Quelle douleur m’ont causée les maladies de maman et de Gustave !... Je suis si privé de distractions et de pensées joyeuses, si préoccupé de sujets tris¬ tes ou pénibles, que les mauvaises nouvelles ont beaucoup d’em¬ prise sur moi (lettre du 30 mars 1844). Le 19 juillet 1844, Lactance Papineau est à New York. Il paraît avoir quitté la France vers le 10 juin. Il apporte avec lui quelques attestations flatteuses de ses professeurs de Paris. Le Dr Rostan, entre autres, lui rend ce témoignage: Monsieur Papineau (Joseph-Benjamin-Lactance) a suivi mes cours de Clinique avec le plus grand zèle et la plus grande exac¬ titude...; il m’a donné des preuves extérieures de son instruction, de son excellent jugement et... il est à ma connaissance que de¬ puis environ cinq ans il a suivi les différents cours de la faculté avec la même assiduité et le même succès.