Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/246

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242 MES MÉMOIRES Quelle âme le jeune exilé rapporte-t-il en son pays ? En route, il cède encore à un peu d’exaltation. Gonflé de sentiments di¬ vers mais forts, on le dirait plein des tressaillements troubles et joyeux du bateau neuf qui, pour la première fois, met à la voile. De Paris, il s’est déjà ouvert de son émoi à son frère Amédée: Je ne pourrais jamais te dépeindre l’émotion profonde et tumul¬ tueuse qui s’empare de moi quand je songe à mon prochain dé¬ part. Que de regrets, et que d’aspirations vers l’avenir 1 Quel étrange bouleversement dans mon existence si monotone, si obscure, si insignifiante pourtant. Je ne puis que désirer qu'elle change dans ce qu’elle a de réel; dans ses possibilités, elle était belle, précieuse... Débarqué à New York, il termine une autre de ses lettres à son frère par ces mots: « Pensons à l’arrivée qui me fera oublier bien des contrariétés. A chère maman, aux enfants, et aux pa¬ rents, mille amitiés. » A son passage à Albany chez O’Callaghan, le Dr lui a-t-il trouvé une mine de fatigué ? Il lui a donné ce conseil: « Prenez une longue vacance en arrivant au Canada. Amusez-vous bien pendant trois mois: il sera toujours temps de vous lancer dans les pilules et les poudres. » L’arrivant suit le conseil. Après une visite rapide à Verchères où séjourne sa mère, le voilà parti en courses dans la famille, chez les amis, à Saint-Jacques-de-l’Achi- gan, à L’Assomption, à Saint-Sulpice, à Saint-Denis, à Saint-Hya¬ cinthe, à Montréal, à la Petite-Nation. « Longues promenades, comme il dit, dont l’indolence ou les amusements ont fait le charme. * On voyage parfois, jeunes gens, jeunes filles en pleine gaieté, dans un stage à quatre chevaux. Heureux temps où, sous le règne non encore aboli de l’antique hospitalité, l’on arrive chez parents et amis, à pleine voiture, assurés d’y être accueillis à bras ouverts. Ses lettres nous montrent un Lactance aussi libre d’esprit, aussi joyeux qu’un écolier en vacances. Entre-temps, il a pourtant couru à Montréal, le 9 août 1844, passer des examens à l’Université McGill et décroche de haute volée son brevet de médecin. Partout il est fier de montrer sa trousse, achetée à Paris, « une des plus élégantes », lui disent les con¬ naisseurs. Ses livres (250 volumes) font aussi « l’admiration des