Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/248

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244 MES MÉMOIRES C’est vers le même temps qu’il s’inscrit à une société de jeunes gens qui a nom: « Société des Amis ». Le Bulletin des recherches historiques (VIII: 121) nous fournit quelques renseignements sur ce groupement de jeunes. Fondée à Montréal, en 1842, la So¬ ciété des Amis groupe alors l’élite de la société canadienne- française. C’est à elle que nous devons la fondation de la Revue canadienne en janvier 1845. Le premier volume de la Revue porte même à sa page liminaire un « Hommage à la Société des Amis ». La Revue canadienne publie d’ailleurs, presque à chacune de ses livraisons, les conférences lues par les membres à leurs réunions. Lactance Papineau rédige ou refond la constitution de la Société des Amis et en est élu le secrétaire correspondant. Rien de plus curieux que l’impression produite sur cette jeunesse par l’étudiant frais déballé de Paris. Mélange d’inquiétude et d’in¬ déniable prestige. Acceptons-en son témoignage: Ailleurs, je passe pour étourdi, là pour enthousiaste. Il y a mé¬ lange d’estime et de blâme dans leurs sentiments à mon égard: ils me croient beaucoup plus fou et superficiel que je ne suis. Je pense que je ne pourrai que gagner avec le temps. Quand il n’en serait rien, je ne peux que me réjouir, au fond du cœur, du contraste violent, sans arrière-pensée ni gêne, que j’ai pré¬ senté (à la plupart d’entre eux). Si je ne me fais illusion, leur opinion s’est modifiée de fond en comble, chez la majorité du moins. Rien n’égalait la violence de leur opposition du début à la Constitution que je leur ai proposée. Elle ne fut que très difficilement admise par une ou deux voix de majorité. Au¬ jourd’hui, toutes ses clauses sont acceptées volontiers, et l’on ne voudrait plus modifier ceux des paragraphes que l’on voulait d’abord amender ou retrancher à plusieurs reprises. Cela venait de la faiblesse d’un grand nombre de ces jeunes gens: ils ne vou¬ laient que s’amuser, ne comprenaient pas la nécessité et l’im¬ portance de règles un peu sévères. Elles ont été exécutées avec succès et sont l’unique source de notre prospérité. Devant ses jeunes amis, le Dr Lactance Papineau lit une cri¬ tique assez poussée d’une théorie médicale alors en vogue, l’ho¬ méopathie, étude que publie la Revue canadienne. Il signe son ar¬ ticle des initiales: H. B., médecin, anonymat, croit-il, où on le « devinera malgré tout ». Puis, toujours vers le même temps, en