Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/286

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282 MES MÉMOIRES libré les peureux. Après trois heures de discussions, tous ont fini par se sentir du courage; et comme il arrive presque toujours en pareille occurrence, c’est tout juste si les plus craintifs ne se cru¬ rent point les initiateurs de l’enquête. Du même coup, il a fallu aussi rassurer les « intégristes »: ceux-là qui volontiers confon¬ dent tant de choses, n’entendent pas, sans alarme, à l’époque, ces appels à la conquête de la puissance de l’argent, ou du moins, de certaines formes de la richesse. Enrichir notre peuple, disent- ils et presque en se signant, n’est-ce pas le matérialiser, faus¬ ser sa vocation spirituelle ? J’ai écrit l’article-manifeste et l’article-conclusion de l’enquê¬ te. On les trouvera dans mon volume: Directives. Incapable de jamais relire mes textes sans y jouer du crayon, je me suis per¬ mis, en ce volume, quelques retouches. Je n’ai rien altéré de ma pensée. Encore cette fois, qu’on me pardonne de me citer un peu longuement. H importe que l’on sache, ce me semble, quelles anxiétés nous avaient amenés à poser le problème et quelles mé¬ fiances nous avons dû affronter. Voici d’abord, pour les « inté¬ gristes » : Les enseignements de l’histoire nous prêchent à coup sûr la circonspection. Presque toujours, la richesse, l’opulence furent, pour les peuples, des germes de mort. Notre idéalisme latin pourrait-il ne pas redouter le prochain avenir, quand déjà toutes les puissances de la civilisation ambiante ne nous inclinent que trop au culte des forces matérielles ? Tous les jours, le spectacle lamentable ne s’offre-t-il point à nos yeux de beaucoup trop de nos compatriotes pour qui l’avènement à la fortune s’est accompagné d’une décadence familiale et d’un reniement total ou partiel de l’idéal catholique et français ? D’autre part, nous ne pouvons échapper à ces faits impérieux: la guerre économique existe: elle se déroule sur tous les points du monde. Elle ne connaît ni les trêves, ni les armistices. Elle se fait au milieu de nous; elle se fait contre nous. Chaque fois qu’une partie de notre patrimoine nous échappe; chaque fois que, mal administré, les rendements en subissent des baisses; chaque fois que le sol québécois fructifie pour d’autres que pour nous; que nos épargnes, nos capitaux, s’en vont vers des réservoirs qui se déversent ensuite à l’étranger; chaque fois que nous nous laissons devancer par des rivaux; que, sous la con¬ currence ennemie, succombe une de nos institutions; chaque fois