Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/306

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300 MES MÉMOIRES Cette Chambre est d’avis que la province de Québec serait dis¬ posée à accepter la rupture du pacte fédératif de 1867 si dans les autres provinces, on croit qu’il est un obstacle au progrès et au développement du Canada. Le texte de cette motion est déjà maladroit, pour ne pas dire puéril. Au fond, l’on s’en remet à la décision de l’adversaire: « Si tu n’es pas content, je peux m’en aller. » On sait aujourd’hui d’ailleurs qu’il ne s’agissait que d’une petite comédie parlemen¬ taire. Les dés étaient pipés avant d’être jetés sur la table. Les députés Francœur et Laferté, soutenus, inspirés en-dessous par Lomer Gouin, ne voulaient que dresser, sur le promontoire de Québec, l’épouvantail d’un mannequin pour faire taire les fau¬ cons des provinces anglaises. Cette manifestation qui tourna court, avec assez peu d’élégance, et cette autre assez semblable, vers le même temps, d’un échevin du Conseil municipal de Mont¬ réal, démontraient néanmoins ce qu’il y avait d’aigreur dans les esprits et d’inquiétude sur l’avenir. C’est aussi vers le même temps, en 1923, qu’à la Législature de la Nouvelle-Ecosse et à celle du Nouveau-Brunswick (voir L’Action française, X: 117), deux députés entretenaient leurs col¬ lègues de la rupture possible de la Confédération. Bref, il sem¬ blait qu’au pays, un nouveau Samson, un Samson aux cheveux repoussés, ivre d’orgueil et de force, faisait vaciller les colonnes du temple. Fallait-il attendre béatement l’avenir, regarder le tem¬ ple crouler ? Fallait-il plutôt, en prévision de la catastrophe, cher¬ cher à rebâtir, trouver où se loger ? C’est bien ainsi qu’à l’Action française se posait le problème de « Notre avenir politique ». Je viens de relire les deux articles que j’ai donnés à l’enquê¬ te. Tout ce qui a été pensé, écrit, ne l’a été que dans l’appréhen¬ sion de ce qui nous paraissait une fatale issue. L’écroulement de la Confédération, nul de nous ne songeait à le provoquer; en nos esprits pas l’ombre d’un dessein révolutionnaire. Là-dessus, je m’en suis expliqué, je le crois, avec une suffisante netteté. Quelque mal que nous fassent le colonialisme et le fédéralisme, nul ne songe parmi nous à briser le statu quo. Mais le statu quo, un avenir prochain s’apprête à le briser sans nous; et c’est de quoi nous avons le devoir de nous inquiéter.