Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/308

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302 MES MÉMOIRES Ainsi, tout avait été pensé, écrit en prévision d’une catastro¬ phe imminente. Pronostics aventureux que les nôtres ? Etions- nous les seuls à nourrir des inquiétudes sur l’avenir de la Confé¬ dération ? Dans mon premier article, j’avais cité l’extrait d’un discours de M. Alexandre Taschereau, prononcé le 17 avril 1921, au Congrès de la Fédération Saint-Jean-Baptiste. Et qu’y disait le premier ministre de la province de Québec ? Nous sommes actuellement à la croisée des chemins: le statu quo ou la rupture du lien fédératif, l’annexion aux Etats-Unis ou l’indépendance. L’orateur se défendait de toucher au statu quo; le maintien de l’impérialisme britannique, l’annexion aux Etats-Unis lui pa¬ raissaient deux solutions inacceptables; il optait plutôt pour l’in¬ dépendance du Canada. Il émettait pourtant, sur le pacte fédé¬ ratif, d’assez graves propos: Une profonde transformation du régime actuel est cependant susceptible de se produire le jour où les provinces de l'Est trou¬ veront que leurs jeunes sœurs de l’Ouest exigent plus que leur part. Je ne veux pas parler politique, mais le grand problème du Canada n’est-il pas actuellement celui de sa politique ferro¬ viaire ? La mainmise de l’Etat sur un grand nombre de nos réseaux de chemins de fer a peut-être sauvé les provinces de l’Ouest de la banqueroute qui les menaçait, mais on a jeté sur le dos des vieilles provinces un fardeau qui menace de devenir trop lourd malgré toute la bonne volonté qu’elles peuvent avoir. Plusieurs se demandent, non sans anxiété, si ce n’est pas là une première brèche et une forte brèche au pacte fédératif. Ces paroles étaient prononcées à peu près vers le temps pré¬ cis où l’Action française ébauchait son enquête. Mais les évé¬ nements avaient marché. Le 6 décembre 1921, nous apprenions le résultat des élections fédérales. Elles me permettaient d’écrire au début de mon article-conclusion: Cet article [mon article liminaire] n’était pas encore paru dans L’Action française, qu’avec une soudaineté imprévue, les événe¬ ments confirmaient nos prévisions. Les élections canadiennes avaient lieu; une fois de plus, avec une évidence irrésistible, s’affirmaient les antagonismes de notre pays. Et j’évoquais la répercussion de l’événement dans l’esprit de l’homme « qui a porté sur nos problèmes le regard le plus vi¬