Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/328

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


320 MES MÉMOIRES Le scoutisme Qui encore introduisit, un jour, au Canada français, cette œuvre d’éducation qu’est le scoutisme ? Pour ce coup, ai-je bien fait? Ai-je mal fait? Pendant mes vacances à Saint-Donat, il m’est donné d’observer d’assez près un campement de jeunes scouts anglo-protestants. Au fond de leur baie de sable du lac Archambault, je les ai vus nicher leur matelas ou paillasse au som¬ met des grands pins et dormir là, tranquilles, quelquefois bercés dans la musique du vent et des vagues. Surpris parfois par un orage sur le lac, ils ont abordé à VAbitation. Puis, je les ai ren¬ contrés dans leurs randonnées de règle, randonnées à trois ca¬ marades et d’une durée de huit jours, à travers les lacs et les bois des environs. Munis d’un canot, d’un peu de nourriture, de leur équipement ordinaire, ils apprennent à se débrouiller: ils jouent à l’explorateur, tiennent un journal de leur aventure, dé¬ crivent les régions parcourues. Et je me suis dit: quelle merveil¬ leuse méthode d’éducation tout de même ! Quoi de plus propre à développer l’esprit de débrouillardise, d’initiative, d’observa¬ tion ! Et ces fiers garçons, que je verrai si calmes, si sûrs d’eux- mêmes, à des milles de leur campement, qu’ils m’ont paru dif¬ férents des nôtres, autrement plus délurés que nos petits Ca¬ nadiens, si longtemps enveloppés dans les jupes de leurs mères. Le scoutisme m’a conquis. De retour à Montréal, après mes va¬ cances de 1925, je fais part de mon emballement à mon bon ami, le Père Adélard Dugré, s.j. Je le prie d’étudier la question et de m’écrire, pour L’Action française, un article sur le scoutisme et l’opportunité de l’établir chez nous. L’article paraît dans le no de janvier 1926 (XV: 32-48). Presque aussitôt, les Jésuites de l’Immaculée-Conception à Montréal entreprennent de mettre sur pied une première troupe de jeunes scouts. Un an et demi plus tard, un collaborateur nous expose les « Premières expé¬ riences de scoutisme canadien-français » (L’Action française, XVIII: 46-52). L’on a bien lu ce titre. Ce n’est pas sans hésita¬ tion ni même sans quelque tremblement que j’ai proposé l’ex¬ périence. Le Père Dugré partage mes sentiments. Personne ne peut ignorer sous quelle forme et à quelles conditions nous avons conçu l’introduction du scoutisme dans nos milieux de jeunesse. Le Père Dugré a nettement précisé notre dessein: