Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/349

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QUATRIÈME VOLUME 1920-1928 341 lectivités. J’en ai fait dans ma personne l’expérience fréquente, puisque c’est à ma ténacité toute normande que j’ai, avec la grâce de Dieu, pu surmonter les attaques formidables et nom¬ breuses que ma santé, toujours plus ou moins chancelante, a dû subir dès mon enfance. Ce serait une erreur fatale pour la civilisation contempo¬ raine, comme ce le fut pour la civilisation romaine, de croire qu’elle pourrait se dispenser de l’influence intellectuelle, morale, religieuse, dans le gouvernement efficace des Etats et la bonne conduite de ceux qui les composent. La France, malgré ses erreurs et en dépit des infortunes nombreuses qui se sont abattues sur elle, a toujours conservé bien vive la flamme intellectuelle qui a éclairé ses gestes natio¬ naux et internationaux. Aussi, a-t-elle pu, en dépit de tout, tenir. D’autre part, aux Etats-Unis d’Amérique, où la richesse, en assumant des proportions de plus en plus fantastiques, a créé des appétits et des besoins matériels toujours grandissants, le matérialisme semble vouloir tout dominer; la stabilité de la famille, base essentielle de l’Etat, y est sérieusement menacée. Aussi la Grande République court-elle de graves dangers. C’est parce que nous, Canadiens français, avons persévéré dans le sentier que nous a tracé, dès les premiers jours de la Nouvelle-France, la Mère-Patrie, et avons essayé de subor¬ donner nos intérêts matériels à nos responsabilités spirituelles, et dans notre conduite individuelle et dans notre action na¬ tionale, que nous pourrons et devrons exercer une influence salutaire de plus en plus grande sur l’avenir du Canada. On dira peut-être que nos intérêts matériels en ont souffert; je ne le crois guère. Si, jusqu’à il y a quelques années, nous n’avons pas, dans le domaine économique, joué un rôle égal à celui des Anglo-Canadiens, c’est parce que nous avons été soumis à des conditions profondément inégales. Notre retard, que nous sommes en train de réparer, a été causé, comme j’ai essayé de le démontrer à la Historical Society, à Toronto, l’an dernier, par l’absence des moyens et des occasions nécessaires à tout avancement substantiel. La majorité qui nous entoure a commencé de comprendre que notre façon d’apprécier les choses, notre manière de vivre, le souci que nous avons de nos responsabilités intellectuelles et les dictées de l’ordre chrétien, constituent, après tout, la base