Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/365

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QUATRIÈME VOLUME 1920-1928 357 ce bout de mon discours, une chose me frappe aujourd’hui, et c’est l’inquiétude que m’apporte, dès ce temps-là, la pénétration chez nous, de « quelques-unes des plus mauvaises formes de la pensée américaine ». Par exemple, ce court extrait: Ce n’est pas tant la virulence affolante de l’invasion qui nous doit effrayer, que, devant elle, notre absence de personnalité qui nous laisse sans l’instinct même de la défense. Quel grave aver¬ tissement pour nos lettrés, pour les représentants de la culture, chez nous, pour tous ceux qui ont le devoir de nous faire une personnalité intellectuelle ! Ne nous le cachons point. Un peuple ne subit de façon aussi anormale la pensée de l’étranger que lorsque sa propre vie intellectuelle est déficitaire. Et le meilleur moyen de défense contre la pensée de l’étranger, c’est encore la richesse et la vigueur de la pensée et de la personnalité natio¬ nales. Mais un autre primat intellectuel me paraissait s’imposer. Une société humaine, une race, un peuple, rappelai-je, ne sont ce qu’ils doivent être, n’atteignent leur condition normale, leur vraie gran¬ deur, leur vraie beauté, que constitués selon le plan de Dieu, dans un ordre temporel organisé en fonction de l’ordre suprême. Et de là, cette finale qui, après trente ans, me redonne bien une petite émotion: Car s’il y a quelque chose que les années ont fortifié en moi, c’est ma foi en l’Eglise et en son rôle social. L’étude de la doc¬ trine et de l’histoire m’ont appris entre autres choses que, pour les peuples, il ne saurait exister de solide et durable équilibre en dehors des lois d’une politique chrétienne, ni de plus haute forme de civilisation que le catholicisme. Et si je me persuade que, pour un prêtre qui vieillit, il n’existe qu’un seul chagrin vraiment incon¬ solable, celui de n’avoir pas fait tout son devoir de prêtre, de ne s etre pas consumé, pour Dieu et son Eglise, jusqu’au dernier spasme, comme les flammes des sanctuaires, de même faut-il croire qu’il ne peut exister pour l’homme public et pour l’apôtre laïc, qu’une erreur, une seule erreur irréparable, celle de n’avoir pas accordé son action aux règles de sa foi, d’avoir écarté de son labeur et de son chemin, la collaboration de cette suprême ou¬ vrière du salut national qu’est l’Eglise de Jésus-Christ (XIX- 294-299).