Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/366

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358 MES MÉMOIRES Lézardes dans le mur Après dix ans d’existence, L’Action française, ai-je dit et redit, vient d’atteindre son sommet. Tous les sommets sont mélancoli¬ ques, parce que ni les hommes, ni les œuvres ne s’y peuvent longtemps maintenir. Au terme de sa dixième année, du reste, l’œuvre, si l’on en prend une vue rétrospective, n’a pas connu que des triomphes. Elle a eu sa part d’épreuves. Le grand nombre, l’immense majorité de ses fidèles abonnés, ne lui font pas oublier les abonnés retardataires: ceux qui se laissent traîner un an, deux ans, puis avertis, pressés d’avoir à payer, se désabonnent avec l’amertume d’une dignité froissée. L’Action française disparue, nous calculerons que les retardataires lui ont fait perdre environ $20,000, somme assez considérable pour une œuvre d’ouvriers désintéressés dont la plupart, et parmi les plus actifs, n’ont jamais retiré un sou. H y a aussi les désabonnés par mécontentement: autre travers de nos chers compatriotes. Jacques Brassier ne peut s’empêcher d’administrer quelques coups de triques à cette caté¬ gorie de grognons si gratuits. Il écrit, en 1924 (XII: 382): On connaît en effet la réjouissante « mentalité » de l’abonné de revue ou de journal catholiques. Il souffrira que son journal poli¬ tique lui entasse tous les jours des niaiseries grosses comme l’Himalaya, que le journal jaune lui jette à la figure quotidien¬ nement sa pelletée de boue et de sang. Mais si la revue ou le journal catholique ont le malheur, un jour ou l’autre, d’exprimer une idée qui ne va pas à cet abonné si endurant pour autre chose, c’est fini: votre revue, votre journal est déclaré foncièrement, essentiellement détestable, mauvais. Et la porte 1 la porte 1 C’est tout ce qu’il faut à ce mécréant. Pour abattre les enthousiasmes les plus fervents, est-il rien toutefois de plus efficace que l’inertie de l’opinion, la résistance sourde, tenace d’un peuple à son propre réveil? L’apathie, misère plus difficile à supporter que l'hostilité ouverte, hargneuse. L’hostilité vous avertit à tout le moins, que vous avez touché, secoué, et peut-être trop durement. L’apathie vous signifie que vous avez parlé en l’air, frappé dans l’eau. Au cours de sa vie, L’Action française confesse, de temps à autre, son désenchante¬ ment. Hélas, si la petite revue avait survécu, qu’y lirions-nous aujourd’hui, après tant de combats livrés par elle et qui sont en¬