Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/367

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QUATRIÈME VOLUME 1920-1928 359 core à reprendre? En 1922 Jacques Brassier déplore l’incohé¬ rence, l’imprécision de la conscience nationale. Et c’est à propos de la Saint-Jean-Baptiste de cette année-là. La fête, observe-t-il, a manqué « d’un élément de vie. Aucun insigne, aucun emblème ne s’affichait aux revers des habits. Trop de drapeaux et trop divers flottaient ce jour-là dans la brise » (VIII: 55). Ces signes extérieurs se sont peut-être améliorés. Mais, en l’an 1955, qu’y a-t-il de changé au fond des âmes ? La conscience nationale a-t-elle forme si vivante ? Qu’y a-t-il de changé également dans la situation économique des Canadiens français, dans la domination du capital étranger, cette forme de colonialisme et de capitulation, qui a renouvelé la catastrophe de 1760 ? Dans l’enquête de 1926: « La défense et la conservation de notre capital humain », je vois que le Père Alexandre Dugré presse nos hommes d’affaires, nos politiques, de prendre enfin la direction de notre vie économique: Si au lieu de capitaux ennemis, nous canalisions toutes les épar¬ gnes de notre race en vue de conquérir pour nous; si au lieu de confier nos capitaux aux étrangers ou à l’étranger, nous les faisions fructifier ici pour les grossir à même nos richesses du sous-sol et du sur-sol... si au lieu de toujours négocier avec les Américains nous invitions nos financiers à travailler ensemble, à se faire les grands argentiers de notre conquête victorieuse... nous donnerions enfin à notre race une chance d’arriver à l’âge adulte, de marcher sans béquilles... (XVI: 272). J’ouvre L’Action française quelques pages plus haut. Et à propos de la même enquête de 1926, je lis cette conclusion alar¬ mée d’Antonio Perrault: A la minute où j’écris cette page, entre un ami dont le dévoue¬ ment à la cause française ne s’est jamais ralenti. Aux premiers mots échangés, perce la tristesse que lui causent le zèle, que d’après lui, dépensent présentement quelques-uns de nos guides pour affaiblir davantage les Canadiens français au point de vue économique, l’insouciance qu’ils manifestent à sauvegarder l’ave¬ nir de notre race, leur indifférence totale en face de ses desti¬ nées. « J’en suis profondément peiné, dit-il. Il faudrait montrer au peuple tous ces événements d’ordre industriel que l’on cache, mais qui vont mettre les Canadiens français en servage sous la