Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/380

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372 MES MÉMOIRES faire ? Pour rien au monde, M. l’abbé Perrier ne veut d’une déclaration de faillite qui éclabousserait les membres ecclésias¬ tiques de la Ligue. Perrault ne veut pas d’un procès qui nous exposerait à la risée du public. Sur ce, Albert Lévesque, épaulé par son beau-père, M. J.-O. Labrecque, marchand de charbon, s’offre à tout acheter. Une promesse de vente lui est même con¬ sentie. Mais pendant que l’affaire est pendante, voici que, tout à coup, le Dr Gauvreau et Louis Hurtubise, qui nous ont quittés depuis quelque temps, rentrent en scène. Resté profondément attaché à l’œuvre, le Dr Gauvreau n’entend, pour rien au monde, qu’on la laisse mourir, ni qu’on passe tout, actif et passif, à Al¬ bert Lévesque. Contre la décision des directeurs, il proteste auprès de l’abbé Perrier, notre président: A tous points de vue, je regrette ce qui arrive. La situation financière de la Ligue n'est pas aussi désespérée que l'ensemble des directeurs le croient. Avec un actif de $40,000. et un passif de $25,000. ou même de $30,000. un homme d’affaires quelconque ne songerait pas à tout sacrifier pour un plat de lentilles, surtout lorsque le goodwill, comme celui de la Ligue, est inappréciable à prix d’argent. Mais enfin, les récriminations ne serviraient à rien; et le plus tôt l’oubli sera fait sur cette entreprise malheu¬ reuse, le mieux ce sera pour tous ceux qui, de près ou de loin, s’y sont généreusement intéressés. Je ne vous cache pas ma peine. J’aurais tant voulu faire de la Ligue d’Action française la Grande Dame de mes rêves de ... Chevalier ! Y avait-il possibilité de repêcher l’œuvre, de la sortir de l’impasse ? M. Perrier ne goûte guère notre rôle ou notre présence d’ecclésiastiques — le sien, le mien et celui du Père Papin Ar¬ chambault — dans une entreprise d’action intellectuelle devenue aussi une grande affaire commerciale. La récente aventure paraît l’ennuyer extrêmement. Il a hâte, semble-t-il, d’en avoir les mains blanches, à quelque prix que ce soit. Anatole Vanier pense à peu près comme le Curé. La solution Lévesque lui plaît parce qu’elle nous débarrasse « des responsabilités matérielles très lourdes qui pesaient sur notre bureau de direction ». Il se dit prêt à continuer son dévouement à l’Action française « dans le domaine stricte¬ ment intellectuel et moral ». Mais, nous écrit-il, à l’abbé Perrier et à moi, quant aux responsabilités matérielles, « je ne les assumerai pas de nouveau pour ma part, en cherchant à mener à bonne fin