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troisième volume 1920-1928

nouvelle fête. Je me moque un peu de cette intervention dans L’Action française (VII : 213) : « Pour quelques autres, excellents esprits que n’avaient pas troublés les pétards du Victoria Day, cette nouvelle fête française est vraiment la malvenue. Ils ont peur que la grande ombre de Dollard n’éclipse le patron chrétien, saint Jean-Baptiste. » Rappelons après tout cela l’offensive de quelques historiens superficiels qui, ne pouvant s’expliquer l’héroïsme surhumain des jeunes sacrifiés de 1660, s’appliqueront à leur trouver des motifs de vulgaires mercantis de fourrures. Cette offensive, oserai-je l’ajouter ? — je l’ai cru dans le temps et je le crois encore beaucoup — servit à masquer une autre offensive contre un historien que l’on ne goûtait point. Je l’ai dit et peut-être écrit : si l’abbé Groulx ne se fût constitué le propagandiste de Dollard, y aurait-il eu jamais une question Dollard ? Mon enseignement d’histoire m’avait attiré bien des amis ; ü avait également suscité une cohorte d’ennemis bien déclarés : tous ceux-là qui ne me pardonnaient point d’avoir bousculé certaines notions toutes faites, toutes cristallisées en histoire. On ne me pardonnait point, par exemple, de ne plus croire au « bienfait providentiel » de la Conquête anglaise, mais cette conquête, de la plutôt représenter sous l’aspect d’une catastrophe. La tradition politicienne me tenait rigueur, en particulier, de démolir la légende d’une Angleterre maternelle, généreuse distributrice de toutes les libertés à ses colonies ; on m’en voulait encore d’avoir tenté ce que l’on appelait une réhabilitation des Patriotes de 37, etc., etc. Je dérangeais trop de gens, trop d’opinions cuites et recuites. Enfin mon enseignement d’histoire venait de me conférer quelque petite notoriété. C’était plus que suffisant pour abattre le mécréant. Pour répondre à ces attaques, j’écris, à la sollicitation d’Aegidius Fauteux, le Dossier de Dollard. Je tente de vider le débat. Il n’en continue pas moins, semant le scepticisme, en particulier dans les milieux de jeunesse. Vrai phénomène que cette guerre rageuse à ces pauvres jeunes gens de 1660. Surtout si l’on songe à la futilité des thèses bâties pour déchirer leur histoire. Thèses plus que branlantes, édifiées contre tous les textes, en dehors même de tous les textes, de tous les témoignages des contemporains. Pour certains professeurs de collège, Dollard est devenu quelque chose comme l’ennemi personnel, l’imposteur qu’il faut à tout prix déboulonner de son