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mes mémoires

de l’œuvre commune. Dernière occupation qui m’amène parfois d’impitoyables raseurs, mais aussi et surtout combien d’amis souvent obscurs, dévoués passionnément à l’œuvre, et curieux d’en apprendre des nouvelles, comme ils l’eussent fait d’une personne chère.


La querelle de L’Appel de la Race

Propagande par le roman

J’ouvre ici une parenthèse ou plutôt j’écris un sous-titre : Propagande par le roman. Le sous-titre, au surplus, n’est pas de moi ; il est de Léon Lorrain. C’est lui qui écrivait, dans la revue (VIII : 279, novembre 1922), à propos des diverses entreprises de l’Action française :

Enfin voilà que, pour faire pénétrer plus loin et plus avant certaines idées qu’elle défend, elle a recours au roman. — L’Appel de la Race est entre toutes les mains ; la première édition (3,300 exemplaires) est déjà épuisée ; mais rassurez-vous : l’Action française prépare une réédition…

Dans l’histoire des éditions de la Librairie d’Action française, un livre, en effet, allait faire quelque bruit et atteindre le gros tirage. Lorsqu’il ébauchait son petit roman, Alonié de Lestres était loin assurément de lui prévoir pareille fortune. Encore moins songeait-il qu’un jour prochain l’Action française en pourrait faire un moyen de propagande de ses idées.

Dans le précédent volume de ces Mémoires, au chapitre « Vacances à Saint-Donat »[1], j’ai raconté par quel hasard m’était venue l’idée de ce roman. J’ai dit à quel besoin d’évasion il répondait, en quelles circonstances j’avais brouillonné ce qui devait s’appeler d’abord : Le Coin de fer. Souvenirs d’après-midi de soleil où, retiré sur le promontoire de ma chapelle, toutes portes ouvertes, un lac, des montagnes vierges à portée de la vue, j’avais écrit, en des heures fiévreuses, cette histoire qui avait fini par me passionner. Souvenirs aussi de ces soirées sur la véranda ou autour du poêle à deux ponts, soirées où le romancier improvisé lit en famille le chapitre écrit dans la journée, lecture suivie de

  1. Voir Mes Mémoires, I : 368-370.