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PASSAGE DE L’HOMME

des haies, dans ce pays, quand c’est avril et qu’il a plu ».

La Mère, qui ravaudait des bas et qui semblait ne rien entendre, dit soudain, en regardant bien l’Homme dans les yeux, et malicieuse : « Et combien d’ans que vous avez vécu là-bas, que vous savez tellement les choses ? »

L’Homme riait un peu. Il aimait beaucoup notre mère, et sa malice, et il plaisantait souvent avec elle. Il rit un peu, et puis il répondit : « Maîtresse, je n’y suis pas allé. J’irai un jour. Mais j’y ai pensé trop souvent, j’ai trop souvent vu les Iles dans mes rêves, pour ne pas savoir comme c’est fait ; les rêves, Maîtresse, c’est un moyen aussi d’aller aux Iles. »

Là-dessus, il y eut un silence. Le chien, qui dormait près du feu, vint se frotter aux jambes de l’Homme et posa la tête sur ses genoux.

« C’est une bonne bête, dit Celui des Hauts, et si vous partez pour les Iles, il aura bien le droit d’y aller ! » Et il ajouta en riant : « Et nous ? est-ce que vous nous y emmènerez ? »

L’Homme dit gravement : « Ce voyage-là, on ne peut le faire que seul, quand on est prêt. Ou bien alors avec quelqu’un qui lui aussi aurait compris, qui serait prêt, quelqu’un,