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PASSAGE DE L’HOMME

de la neige, et des bêtes qui pâtissaient, avait le même accent que l’Homme, mais plus marqué, plus rauque aussi ; et à table il avait ces gestes curieux auxquels l’Homme nous avait habitués, mais plus tranchés, et plus étranges encore. La seule chose qu’il dît d’importante, ce fut celle-ci : « Je suis venu à cause des Iles. » — « Est-ce qu’on saurait… ? » dit l’Homme ; le vieillard l’arrêta de la main : « Nous avons la nuit pour parler. »

Ils parlèrent en effet toute la nuit. Nous entendîmes de notre chambre, sans rien saisir, le bruit de leurs voix, la voix de l’Ancien surtout, qui dominait, qui était calme et solennelle, et qui paraissait cependant faire quelquefois un long reproche. Et parfois il y avait de grands silences. Claire me disait : « Écoute ! ils sont partis dormir ». La voix de l’Ancien reprenait, pour un long temps. Claire se dressait : « Tu dors ?… Dis-moi, est-ce que ce n’est pas un mauvais homme ? Dis, tu entends ?… Mais non, ils ne sont pas fâchés. Ils doivent parler du grand voyage… »

À l’aube, l’Ancien n’était plus là. Je ne sus jamais comment il avait trouvé notre maison, ni ce qu’il était venu dire à l’Homme. Je pense qu’il devait s’inquiéter de ce que le grand voyage ne fût pas commencé. Peut-