Page:Guèvremont - Le survenant, 1945.djvu/48

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
49
LE SURVENANT

Bon compagnon et volontiers causeur avec les hommes, Venant se montrait distant envers les femmes. Quand il ne se moquait pas de leur inutilité dans le monde, il les ignorait. Des quatre demoiselles Provençal, il eût été fort en peine de dire laquelle était Catherine, Lisabel, Marie ou Geneviève. Deux fois dans la même semaine, il avait commis la gaucherie de confondre Bernadette Salvail, dont la réputation de beauté s’étendait au delà de la Grand’Rivière, et la petite maîtresse d’école, d’une laideur de pichou, laideur que la nature, par caprice, s’était plu à accentuer en la couronnant d’une somptueuse chevelure noir-bleu.

Parmi ceux qui veillaient ainsi, chaque soir, chez les Beauchemin se trouvait Joinville, le plus jeune des quatre Provençal, et le plus émoustillé. Aussi Pierre-Côme crut-il sage de l’y accompagner. Figé, secret comme le hibou, le maire de la paroisse s’asseyait loin de la lampe, dans un recoin d’ombre, soucieux de dérober sur ses traits la moindre expression. Au retour il s’efforçait de détruire dans l’esprit de son garçon l’effet des paroles malfaisantes du Survenant :

— Ouais ! il dit que c’est ben beau par là. Mais on en a pas vu le reçu sur la table. Un du Chenal irait et il serait peut-être ben trop fier de s’en revenir par icitte.