Page:Guizot - Histoire générale de la civilisation en Europe, 1838.djvu/121

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sur la rive droite du Rhin opposaient, aux peuplades qui arrivaient encore sur l’Occident, une forte barrière. Les Normands en sont une preuve incontestable ; jusqu’à cette époque, si l’on en excepte les tribus qui se sont jetées sur l’Angleterre, le mouvement des invasions maritimes n’avait pas été très considérable. C’est dans le cours du neuvième siècle qu’il devient constant et général. C’est que les invasions par terre sont devenues très difficiles ; la société a acquis, de ce côté, des frontières plus fixes et plus sûres. La portion de population errante qui ne peut être refoulée en arrière est contrainte de se détourner et de porter sur mer sa vie errante. Quelque mal qu’aient fait à l’Occident les expéditions normandes, elles étaient bien moins fatales que les invasions par terre ; elles troublaient bien moins généralement la société naissante.

Au midi, le même fait se déclare. Les Arabes se cantonnent en Espagne ; la lutte continue entre eux et les chrétiens ; mais elle entraîne plus le déplacement des peuples. Des bandes sarrasines infestent encore de temps en temps les côtes de la Méditerranée ; mais le grand progrès de l’Islamisme a évidemment cessé.

2º On voit alors dans l’intérieur du territoire européen la vie errante cesser à son tour ; les populations s’établissent, les propriétés se fixent, les rapports des hommes ne varient plus de jour en jour, au gré de la force et du hasard. L’état intérieur et moral de l’homme lui-même commence à changer ; ses idées, ses sentiments acquièrent quelque fixité, comme sa vie ; il s’attache aux lieux qu’il habite, aux relations