Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/122

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chez cette jeune fille de danser ; allons autre part, ici nous gênons. Voulez-vous une partie de dés ? — Volontiers, répondit le médecin, saisissant cette occasion de finir la conversation, car il avait quelquefois peur d’humilier le complaisant prince. Quant a celui-ci, après chaque entretien qu’il avait eu avec son médecin, il s’en a lait toujours avec une croyance de moins, une illusion détruite et un vide de plus dans l’âme ; il le quittait en disant tout bas : « Ce diable de Roderigo, il est bien instruit, il est bien habile, mais, Dieu me pardonne si ce n’est pas péché de croire un pareil homme ! pourtant ce qu’il dit est vrai ! »

Et le lendemain il courait entamer avec lui quelque discussion hiloso hi ue.

Sa magnificence) s’2tait largement déployée dans la fête de ce jour, et rarement on en avait vu de pareille. Tout était beau, digne et somptueux ; c’était riche, c’était grandiose. Mais au milieu de toutes ces · figures, où le luxe et la richesse éclataient, au milieu de ces femmes parées de perles, de fleurs et de diamants, entre les lustres, les laces, au bruit du bolero ui bondissait, au milieu Éubourdonnement de la fiête, au retentissement de l’or sur les tables, au milieu donc de tout ce qu’il y avait d’enivrant dans le bal, cl’entrainant dans la danse, d’enchanteur dans cette longue suite d’hommes et de femmes richement parés, où il n’y avait que doux sourires, alantes paroles, on voyait apparaître là, au milieu din bal, comme le specâiie de Banco, la haute figure de Garcia, sombre et e.

il était venu la aussi, lui, tout comme un autre, apporter au milieu des rires et de la joie, sa blessure saignante et son prof’ond chagrin ; il contemplait tout cela d’un œil morne et triste, comme quelqu’un d’indifférent aux petites joies l’actives de la vie, comme le mourant regarde le soleil sur son grabat d’agonie.