Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/227

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VI

Il prit une bougie et monta dans sa chambre. Après avoir ôté son habit et ses souliers, il sauta sur son lit, abaissa sa tête sur son oreiller et voulut dormir, mais impossible !

Il entendait dans sa tête un bourdonnement prolongé, un fracas singulier, une musique bizarre, la fièvre battait dans ses artères, et les veines de son front étaient vertes et gonflées, son sang bouillonnait dans ses veines, lui montait au cerveau et l’étouffait. Il se leva et ouvrit sa fenêtre, l’air frais du matin calma ses sens. Le jour commençait, et les nuages fuyaient avec la lune aux premiers rayons de la clarté ; la nuit, il regarda longtemps les mille formes fantastiques que dessinent les nuages, puis il tourna la vue vers sa bougie, dont le disque lumineux éclairait ses rideaux de soie verte ; enfin au bout d’une heure il sortit.

La nuit durait presque encore et la rosée était suspendue à chaque feuille des arbres, il avait plu longtemps, les allées foulées par les roues des voitures étaient grasses et boueuses, Djalioh s’enfonça dans les plus tortueuses et les plus obscures. Il se promena longtemps dans le parc, foulant à ses pieds les premières feuilles d’automne, jaunies et emportées par les vents. Marchant sur l’herbe mouillée, à travers la charmille, au bruit de la brise qui agitait les arbres, il entendait dans le lointain les premiers sons de la nature qui s’éveille.

Qu’il est doux de rêver ainsi, en écoutant avec délices le bruit de ses pas sur les feuilles sèches et sur le bois mort que le pied brise, de se laisser aller dans des chemins sans barrière, comme le courant de la rêverie qui emporte votre âme ! et puis une pensée triste et poignante souvent vous saisit longtemps, en