Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/186

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La Luxure.

Ma colère vaut la tienne. Je hurle, je mords. J’ai des sueurs d’agonisant et des aspects de cadavre.

La Mort.

C’est moi qui te rends sérieuse ; enlaçons-nous !

La mort ricane, la luxure rugit. Elles se prennent par la taille, et chantent ensemble :

— Je hâte la dissolution de la matière !

— Je facilite l’éparpillement des germes !

— Tu détruis, pour mes renouvellements !

— Tu engendres, pour mes destructions !

— Active ma puissance !

— Féconde ma pourriture !

Et leur voix, dont les échos se déroulant emplissent l’horizon, devient tellement forte qu’Antoine en tombe à la renverse.
Une secousse, de temps à autre, lui fait entr’ouvrir les yeux ; et il aperçoit au milieu des ténèbres une manière de monstre devant lui.
C’est une tête de mort, avec une couronne de roses. Elle domine un torse de femme d’une blancheur nacrée. En dessous, un linceul étoilé de points d’or fait comme une queue ; — et tout le corps ondule, à la manière d’un ver gigantesque qui se tiendrait debout.
La vision s’atténue, disparaît.
Antoine.
se relève.

Encore une fois c’était le diable, et sous son