Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/282

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aimer, c’est avec la douleur qu’il faut s’unir. Damnation sur la vanité du moribond qui croit la chair éternelle ! Damnation sur la faiblesse de ceux qui l’espèrent ! Damnation sur l’infamie de celui qui l’enseigne ! Damnation sur toi ! Damnation sur nous ! Damnation sur tous et gloire à la mrt ! Un coup de tonnerre éclate, les hérésies disparaissent. Silence. Antoine regarde de côté et d’autre, une fumée épaisse envahit la scène.

ANTOINE.

Quoi ? Plus rien ! … ils sont partis… ah ! D’où vient que mes yeux n’y voient plus ? Je tremble, mettons-nous vite en prières. Il s’avance vers la chapelle, la fumée s’épaissit. C’est comme une nuée qui m’entoure… il n’y a point d’orage pourtant, et je n’entends plus le tonnerre. Et l’on distingue derrière l’ermite deux hommes, vêtus de longs vêtements blancs qui leur couvrent tout le corps. Antoine les aperçoit et pousse un cri. Ah ! Ils s’arrêtent, Antoine les examine. Le premier est de haute taille, de figure douce, de maintien grave ; ses cheveux blonds, séparés par une raie à la manière du Christ, descendent régulièrement sur ses épaules. Dès qu’ils se sont arrêtés, il a jeté un bâton blanc qu’il portait à la main et que son compagnon a reçu en faisant une révérence à la manière des orientaux. Ce dernier, vêtu pareillement d’une tunique blanche sans frange ni broderie, est petit, gros, camard et d’encolure ramassée ; les cheveux noirs, une mine naïve. Tous deux, sans chaussures et nu-tête, ont eurs vêtements couverts de poussière comme des gens qui arrivent de voyage.

ANTOINE

effrayé. Que voulez-vous ? Parlez ! … allez-vous-en ! Damis c’est le petit homme ; son compagnon reste impassible, se tait, les yeux baissés à terre. Là ! Là ! Doucement ! Vous êtes prompt en paroles, bon ermite. Ce que je vous veux, je n’en sais rien, je ne suis pas le maître, le voici : désignant Apollonius.