Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/295

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lueur des lucioles qui brillaient dans les bambous ; l’esclave courait en avant, sifflant un air pour écarter les serpents, les perroquets ricaneurs, et nos chameaux courbaient les reins pour passer sous les arbres, comme sou des portes trop basses. Un jour, un enfant noir, portant sur le front une lune brillante et tenant à la main un caducée d’or, accourut vers nous et nous conduisit au collège des sages. Iarchas, leur chef, me parla longtemps de mes ancêtres, des pensées secrètes de ma jeunesse, des actions oubliées de mes existences antérieures. Lui, il avait té autrefois le fleuve Indus, et il me fit ressouvenir que j’avais été pilote en égypte, sous le roi Sésostris. Damis. Mais moi, on ne me dit rien du tout, de sorte que je ne sais pas qui j’ai été.

ANTOINE

les considérant avec étonnement. Que sont-ils donc ? Ils ont’air vague comme des fantômes ; cependant, tout à l’heure, j’ai entendu le grand qui respirait, et, tantôt, l’autre a mangé. Apollonius. Et nous continuâmes vers l’océan. Sur le bord nous rencontrâmes les cynocéphales, gorgés de lait, qui s’en revenaient de leur expédition dans l’île Taprobane, et nous vîms avec eux la Vénus indienne, la femme jaune et blanche, qui dansait toute nue au milieu des singes. Elle avait à la taille une ceinture de petits tambourins d’ivoire, et elle riait d’une façon démesurée. Les flots tièdes apportaient des perles sur le sable, l’ambre craquait sous nos pas, et des fucus comme des cèdres gisaient déracinés tout à l’entour. Des squelettes de baleines blanchissaient au soleil dans la crevasse des falaises, et des oiseaux, suspendus à leurs côtes évidées, se balançaient dans de grands nids d’herbes vertes. La lumière du jour était rouge, la terre allait se rétrécissant en pointe. Quand elle ne fut plus large que de la largeur d’une sandale, nous nous arrêtâmes ; et après avoir, avec nos mains, jeté vers le ciel des gouttes d’eau de la mer, nous tournâmes à droite, pour revenir. Nous sommes revenus par la région d’argent ; par le pays des gangarides, qui portent des vêtements de soie, par le promontoire Comaria, par la presquîle de Laria ; nous avons traversé la contrée des sachalites, qui ont un oeil dans la poitrine, celle des adramites et des homérites ; puis à travers les monts Cassaniens,