Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/305

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Apollonius criant. C’est que je fais les libations par l’oreille des amphores, c’est que je connais des prières indiennes, c’est que je suis descendu dans l’antre de Trophonius, fils d’Apollon ; six jours durant, j’y ai navigué dans les ténèbres, et le septième j’en suis ressorti rapportant le livre des pensées de Pythagore. J’ai pétri pour les femmes de Syracuse, les phallus de miel rose qu’elles portent, en hurlant sur les montagnes ; j’ai subi les quate-vingts épreuves de Mithra, j’ai reçu l’écharpe de pourpre des Cabires, j’ai répondu aux formules d’éleusis, j’ai senti dans mon sein couler le serpent d’or de Sabasius, j’ai lavé Cybèle au flot des golfes campaniens, et j’ai passé trois lunes dans les cavernes de Samothrace. Damis riant bêtement. Ah ! Ah ! Ah ! Aux mystères de la bonne déesse. Apollonius. Veux-tu venir avec nous, voir des étoiles nouvelles et de dieux nconnus ?

ANTOINE.

Non ! Retournez-vous-en, continuez, laissez-moi ! Damis. Faites comme nous ; ; ; allons ! Partons !

ANTOINE.

Fuyez ! Fuyez ! Vous autres ! Apollonius. Nous allons au nord, du côté des cygnes et des neiges. Sur le désert blanc, galope le chevreuil cornu dont les yeux pleurent de froid ; des soleils violets tournen dans les cieux et rougissent la glace, qui brilll comme des miroirs ; c’est là que se trouvent les fanésiens aux longues oreilles et les hippopodes hennissant, qui cassent avec leurs pieds la plante d’outremer.