Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/333

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comme au bord de l’océan on cherche avec inquiétude où finit l’horizon. La Foi. Tu perdrais tes yeux à vouloir compter les flots ; agenouille-toi sur le sable et emplis ta poitrine du grand air pur. La Charité. N’essaie point d’entasser les pensées, comme ceux qui pour atteindre à Dieu accumulaient les pierres : ils n’étaient pas arrivés à la hauteur des collines qu’ils ne s’entendirent plus et ne purent continuer leur ouvrage. L’Espérance. Un jour tu sauras tout, tu te délecteras de clartés, et ta joie grandira sans cesse, selon les accroissements de ton amour, comme la vibration des harpes séraphiques qui, s’élargissant de sphères en sphères, développe dans l’infini la louange du seigneur.

ANTOINE.

Oh ! Des transports m’enlèvent ! Des douceurs me navrent ! La Charité. Verse-la, cette tendresse qui t’emplit, et plus tu l’épancheras, plus elle surgira de toi inextinguible et tiède ; répands ton coeur dans la méditation des souffrances de Jésus, dans la contemplation des merveilles créées, dans la dilection de tes frères ; prie pour les morts, jeûne pour les pécheurs, mortifie-toi pour les gentils ; aime dans le chagrin et ton chagrin s’adoucira ; aime dans la joie et ta joie se purifiera ; aime encore, aime toujours, pense à Dieu, rien qu’à lui ; anéantis ton être sous le poids de sa miséricorde, afin qu’en deçà de la mort même tu te dissipes tout entier dans l’immense amour.

ANTOINE.

Je sens un grand souffle, et tout tressaille en moi. La Foi. Crois, et des attaches de la volonté resserre-toi plus encore à la conviction qui te lie ; crois ce que tu ne vois pas, crois ce que tu ne sais pas, et ne demande point à voir ce que tu espères, ni