Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/341

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La Paresse. Je les ferai gras, vos serviteurs, bien enfermés, bien obtus. La Gourmandise. Bien pansus, bien ventrus ; de plénitude après la messe ils vomiront l’hostie, et ils auront tant godaillé, la nuit, qu’au confessionnal ils roteront le vin. La Foi. à cette chaleur de Dieu, des moissons merveilleuses s’élèveront du coeur des hommes ; le Christ partout… ici les péchés se mettent à hurler si démesurément qu’Antoine se cache derrière les vertus théologales et se ratatine contre elles. La foi reste debout, la charité s’agenouille, l’espérance lève les yeux. Silence. Les péchés viennent s’appuyer contre le linteau de la porte et hurlent l’un après l’autre. L’Avarice. à quand les pèlerinages ? Bénissez-moi vite n’importe quel os pour que j’en tire de l’argent. La Colère. Holà, toi, l’immaculée ! L’enfer m’a promis que tu me donnerais de la besogne, je m’en vais préparer toutes mes haines. L’Envie. Je suis à votre service pour honnir la doctrine, pour ravaler l’art, pour étrangler l’idée, pour persécuter le bonheur. La Luxure. Grâces à toutes trois vous soient rendues, pour avoir inventé le serment de chasteté ! La continence engendre les délires du rêve, j’aime les doux chuchotements du confessionnal perdu dans l’ombre ; c’est un exquis plaisir que d’émouvoir un coeur palpitant d’amour divin, et de déboutonner les gorges pudiques où se cache un médaillon béni.