Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/342

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


La Paresse. Vive la foi qui reste immuable ! C’est très commode pour la pensée. Vive la charité qui me nourrit ! On n’a besoin de rien faire. Et vive surtout l’espérance d’une meilleure vie ! C’est très amusant à songer, quand on s’ennuie. Silence. Antoine soupire. Les Péchés. Parleront-elles ? Quel entêtement ! Voyons, essayons ! Holà hé ! Célestes, où est l’ermite ? Est-ce qu’il s’est niché sous vos jupes ? Les vertus ne répondent pas. Prenez garde de l’y faire mourir, il va étouffer là-dessous, l’air manque. Les vertus ne répondent pas. Dégagez-le donc ! Il asphyxie. Ne voyez-vous pas qu’il a le coeur affadi de vous, tant vous empestez l’encens, tant vous suintez l’eau bénite, tant vous êtes toutes détraquées comme des calvaires pourris ! Les vertus ne répondent pas. Ah ça ! Elles se moquent de nous, les drôlesses ! Sont-elles sourdes à force d’avoir braillé là-haut ? C’est possible, sans doute qu’elles se seront brisé le tympan. Vous savez bien que s’il mourait maintenant, le bon ermite avec vous, il irait droit en enfer, car il a beau demeurer dans votre compagnie, il n’en est pas moins à nous, puisqu’il pense à nous et rêve de nous. La Foi. Non ! L’Espérance. Oh ! Que non ! Les Péchés. Tu t’illusionnes, tu te flattes, la belle ! Demande-le-lui, fais qu’il parle, interroge son coeur. Le diable, mettant deux doigts dans sa bouche, pousse un sifflement aigu. Aussitôt la logique arrive, sautillant sur sa boule, tantôt d’un pied tantôt de l’autre.