Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/360

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ANTOINE.

Ah ! Je ne peux pas, je ne peux pas ! Elles parlent toutes à la fois. Les péchés accoudés dans l’embrasure des brèches, allongent le cou et marmottent. La Luxure. Comme elle rit, la grande fille brune qui porte des pièces d’or dans ses cheveux crépus ! à l’ombre de la vigne, couchée sur le gazon, elle avance les lèvres pour saisir le raisin mûr ; un grain tombe, il glisse sur sa joue, et, roulant entre ses seins, la chatouille tout entière, depuis le menton jusqu’au nombril. La Colère. Les chevaux piaffent, secouent leur bride, s’émouchent de la queue ; le clairon sonne, les piques s’abaissent. La Gourmandise. Au milieu de la viande saignante il y a des lignes noires. La Logique. Pourquoi maudissait-il le figuier, puisque ce n’était pas la saison des figues ? La Paresse. Sous le tendelet d’azur les tapis sont étalés, et leurs franges retombent dans l’eau ; l’éventail de plumes balaie sur vous la fraîcheur des soirs ; à travers les paupières fermées, on entrevoit un jour tout rose, et la molle secousse des avirons cadence votre sommeil. L’Avarice. Clic ! Clac ! Le moulin tourne, la farine saute, le blé emplit les greniers. La Science. De David à Joseph, Luc compte 4 générations, Mathieu 26.