Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/378

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écharpe remuait les cheveux sur le front des convives, qui se penchaient entre les flambeaux pour voir passer ta danse. Le faux Antoine s’arrête sur le seuil et regarde par la porte entrebâillée. La Courtisane. Qui donc soupire dehors, Lampito ? Lampito. Ce n’est rien, maîtresse ; sans doute les tourterelles qui roucoulent sur la terrasse. Le Faux Antoine. Si j’entrais ? Lampito. Tu buvais du mendès dans les coupes carchésiennes, tu t’asseyais sur les genoux des grands, et chacun, te prenant par la taille, voulait que tu lui dises quelque chose : -les philosophes échauffés dissertaient sur le beau, les peintres, avec de grands gestes, s’ébahissaient de ton profil, et les poètes pâlissant se sentaient frissonner sous leurs tuniques. Ce ne sont pas des barbares qui peuvent non plus t’applaudir, lorsque tu t’allonges comme un nageur sur l’épigonion aux quarante cordes d’or, ou quand, sous l’archet d’ivoire, ronfle ta cithare creuse, et que ta bouche aux doux accents s’ouvre pour les mélodies de la muse ! ô Démonassa ! Toi qui as des sourcils courbes comme l’arc d’Apollon, et dont le visage est beau comme la mer tranquille, tu n’auras plus les longues thesmophories se déroulant avecdes choeurs sur le chemin d’éleusis, ni le théâtre de Bacchus qui glapit de la voix des mimes, ni le port où l’on se promène les soirs. La Courtisane. Mais, Lampito, quelqu’un frappe à la porte. Lampito. Non, maîtresse, c’est l’auvent qui bat contre le mur. Le Faux Antoine tenant le marteau. Mon coeur bat… je n’oserai pas… pourtant…