Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/432

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aussi vieux que les plus vieux, aussi puissant que les plus forts, aussi beau que les plus beaux. Viens ! Viens ! Je suis la paix, l’immuable vide, la connaissance suprême.

ANTOINE

en sursaut. Comment ! La connaissance ? La Mort. S’il n’y a rien au delà de moi, en me possédant n’atteindras-tu pas le dernier terme ? S’il est au contraire quelque chose, un soleil qui luise par delà les sépulcres, et que je ne sois, comme on dit, que le seuil de l’éternité, alors il faut me prendre pour en jouir, il faut me franchir pour y entrer. Soit donc qu’il n’y ait rien ou quelque chose, si tu veux le néant, viens ! Si tu veux la béatitude, viens ! Ténèbres ou lumière, annihilation ou extase, inconnu quel qu’il soit, ce n’est plus la vie, donc ça vaut mieux. Allons, partons, donne-moi la main, fuyons au galop vers mon royaume sombre. Antoine, se levant, tend ses deux mains à la mort, quand derrière celle-ci tout à coup paraît la luxure, qui lui passant la tête sur l’épaule montre son visage et cligne des yeux. La Luxure. Pourquoi mourir, Antoine ? La Mort. Quoi ! Tu voudrais vivre encore ? Antoine se rassoit et reste comme pétrifié, portant alternativement ses regards de la mort qui grimace à la luxure qui sourit. La Luxure reprend : tu ne la connais seulement pas, cette vie que tu abandonnes. La Mort. Mais oui ! Tu en es rassasé, dégoûté. La Luxure. Non, tu n’as pas, l’un après l’autre, savouré les fruits variés