Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/478

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l’on comparait en rêvant à la valse des planètes, tandis que le chef d’orchestre battait la mesure avec sa semelle de fer ! Qui s’inquiète de nous, ô filles d’Uranus ? Ils sont passés les grands enthousiasmes, c’est le tour maintenant des gladiateurs, des bossus, des farceurs, des nains et des bateleurs. Clio violée a servi les politiques, la muse des festinss’engraisse de mets vulgaires, on a fait des livres sans s’inquiéter des phrases ; pour les petites existences il a fallu de grêles édifices, et des costumes étriqués pour les fonctions serviles ; les goujats aussi ont voulu chanter des vers ; le marchand, le soldat, la fille de joie et l’affranchi, avec l’argent de leur métier ont payé les beaux-arts ! Et l’atelier de l’artist, comme le lupanar de toutes les prostitutions de l’esprit, s’est ouvert pour recevoir la foule, satisfaire ses appétits, se plier à ses commodités et la divertir un peu ! Art des temps antiques, au feuillage toujours jeune, qui pompais ta sève dans les entrailles de la terre et balançais dans un ciel bleu ta cime pyramidal, toi dont l’écorce était rude, les rameaux nombreux, l’ombrage immense, et qui désaltérais les peuples d’élection avec les fruits vermeils arrachés par les forts ! Une nuée de hannetons s’est abattue sur tes feuilles, on t’a fendu en morceaux, on t’a scié en planches, on t’a réduit en poudre, et ce qui reste de ta verdure est brouté par les ânes ! Quand les muses ont passé, la scène reste vide. La Mort se tournant vers le diable. C’est tout, n’est-ce pas ? Le Diable. Et Vénus ? La Luxure. Ah ! Oui ! Vénus. Appelant : Vénus ! Vénus ! Vénus paraît nue et regardant de côté et d’autre comme quelqu’un qui est poursuivi : qui m’appelle ? Apercevant la luxure, elle pousse un cri d’effroi : assez ! Grâce ! Laisse-moi ! Tu as amolli ma chair, ce sont tes baisers qui ont fait pâlir mes belles couleurs !