Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/481

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Hélas ! Hélas ! L’on m’a renvoyé du ciel. Où est donc ma Psyché ? Je grelotte de froid, je succombe d’inanition, de fatigue et de chagrin ; personne ne veut plus de moi, les coeurs maintenant sont à Plutus. Quand je frappe aux portes, ils font les sourds, on me renvoie d’un air furieux, l’artiste me jette à la tête son outil, les femmes leur vertu, les penseurs leur orgueil ; les uns sifflent, les autres rient. Misère de moi ! J’en ai vu qui s’interrompaient un moment, me regardaient en face et qui reprenaient leur ouvrage. La Mort. Oui ! Va-t’en, crève de rage, détale plus vite, l’humanité bâille à ton nom. Tu lui as agacé les dents avec le sirop de ta tendresse, tu l’as étourdie de tes soupirs, tu l’as fatiguée de mignardises, de sentiment, de bonheur. Elle lui balafre les côtes de coups de fouet, il crie et court se réfugier sous les jupons de La Luxure qui le repousse loin d’elle avec quantité de soufflets. Non ! Pas de toi ! Tu n’es pas la débauche ! Comment peux-tu me servir ? Le Diable criant à la mort : prends-le donc ! Au tas ! Avec les autres ! La mort le chasse d’un bond, avec un grand coup de pied dans le derrière. La Mort respirant. Ah ! Enfin ! Les Dieux Lares couverts de peaux de chien, râpés comme de vieux singes qui ont la gale. La Mort. Quels ennuyeux personnages avec leurs peaux de chien ! Elle frappe. Passez ! Passez !