Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/524

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et se déchire dans ces pensées comme la voile d’un vaisseau dans l’ouragan. Ah ! Je n’en veux plus !

Arrière ! Arrière !

Tout disparaît. Silence.

Mais la damnation est derrière toi, misérable !

Oh ! L’épouvante de l’éternité me glace jusqu’aux entrailles, comme la voûte sombre d’un grand sépulcre.

On entend de vagues lamentations. Il écoute.

Qui donc sanglote ? Est-ce un voyageur assassiné dans la montagne ?… il ramasse une liane et l’allume à la petite lampe de la chapelle.

Il cherche, abaissant et élevant sa torche. Les pleurs semblent se rapprocher.

Tiens ! C’est une femme !

Et l’on voit s’avancer une femme dont les bandeaux noirs tombent le long de sa figure. Une tunique de pourpre en lambeaux découvre son bras amaigri où résonne un bracelet de corail. Elle a sous les yeux des bourrelets rouges, sur les joues des marques de morsure, au bras des traces de coups.

Elle s’appuie, en pleurant, sur l’épaule d’un homme chauve habillé d’une grande robe de même couleur rouge.

Il a une longue barbe grise et tient à sa main un petit vase de bronze qu’il dépose à terre.

Simon Le Magicien.

à Hélène.

Arrête-toi !

Hélène.

Gémissant sur le sein de Simon.

Père ! Père ! J’ai soif !

Simon.

Que ta soif soit passée !

Hélène.

Père, je voudrais dormir.

Simon.

éveille-toi !