Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/525

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Hélène.

Oh ! Père, quand pourrai-je m’asseoir ?

Simon.

Debout !

ANTOINE.

ébahi.

Qu’a-t-elle donc fait ?

Simon.

Appelant trois fois.

Ennoïa ! Ennoïa ! Ennoïa !… il demande ce que tu as fait. Raconte ce que tu as à dire.

Hélène comme se réveillant d’un long sommeil.

Ce que j’ai à dire, ô père ?… Simon.

D’où viens-tu ?

Hélène jette les yeux tout autour d’elle, lève la tête vers les nuages, se recueille un instant, puis elle commence d’une voix couverte.

J’ai souvenir d’un pays lointain, d’un pays oublié.

La queue du paon, immense et déployée, en ferme l’horizon, et, par l’intervalle des plumes, on voit un ciel vert comme du saphir. Dans les cèdres, avec des huppes de diamant et des ailes couleur d’or, les oiseaux poussent leurs cris, pareils à des harpes qui se brisent. J’étais le clair de lune. Je perçais les feuillages. J’illuminais de ma figure l’éther bleuâtre des nuits d’été !

ANTOINE

à Simon, lui faisant signe qu’elle est folle.

Ah ! Ah ! Je comprends !… quelque pauvre enfant que vous aurez recueillie !